jeudi 21 mai 2026

« Je lutterai toujours contre le fascisme » : Zineb Sedira à propos de sa commande pour la Tate Britain

Je reproduis ici cet article sur l'artiste originaire de Bordj, méritante pour sa quête de justice et ses périgrinations à travers les confins des territoires d'Europe et des genres esthétiques. MERCI !

Dans sa plus importante commande au Royaume-Uni, l'artiste rend hommage à l'héritage du cinéma africain radical des années 1960-1970 et au rôle central joué par l'Algérie en tant que foyer révolutionnaire. 


 Du Journaliste indépendante : MZ Adnan 

21 mai 2026 
L'artiste Zineb Sedira est née en France en 1963, un an après la fin de la guerre d'indépendance algérienne . Ses parents avaient quitté l'Algérie par bateau au début des années 60 et, jeune fille à Paris à la fin de cette décennie et au début des années 70, Zineb accompagnait souvent son père dans des cafés fréquentés par la communauté algérienne parisienne. Ces lieux étaient des espaces de débat et d'organisation, où une diaspora naissante pouvait se réunir et discuter, à distance, des événements qui se déroulaient dans leur pays d'origine.

« Il y avait beaucoup de discussions politiques autour du nouvel État, puis il y a eu le coup d'État de Boumediene en 1965 », me raconte Sedira. « Je n'avais que deux ou trois ans à l'époque, mais je suis sûre que tout cela m'a marquée. »

Cette année, Sedira a été sélectionnée pour la commande de la Tate Britain, décernée chaque année depuis 2000 pour une œuvre in situ dans les galeries Duveen, de style néoclassique et longues de 91 mètres. L'installation , « Quand les mots se taisent, le cinéma parle… », est sa plus grande réalisation au Royaume-Uni à ce jour et rend hommage à l'héritage du cinéma africain radical des années 1960 et 1970, soulignant le rôle central de l'Algérie comme foyer révolutionnaire. 

En 1965, le gouvernement postcolonial du pays a créé la Cinémathèque Algérienne , une institution publique dédiée à la préservation et à la diffusion des films algériens, ainsi qu'à la présentation du cinéma international.

Photo d'archive en noir et blanc montrant des visiteurs devant le Centre afro-américain d'Alger, en juillet 1969, lors du défilé d'ouverture du premier Festival culturel panafricain. De grands portraits de leaders des Black Panthers, dont Huey Newton et Eldridge Cleaver, sont exposés dans les vitrines du centre.
Centre afro-américain d'Alger, juillet 1969, lors du défilé d'ouverture du premier Festival culturel panafricain. Photographie : APS/AFP/Getty Images

Ce lieu a accueilli plusieurs cinéastes pionniers, d' Ousmane Sembène  à Jean-Luc Godard , tandis que l'État algérien investissait massivement dans l'industrie cinématographique locale. Lors du Festival panafricain de 1969 , Alger est devenue un foyer de l'esprit de décolonisation qui balayait le continent, attirant des délégations et des mouvements de libération venus de toute l'Afrique et du monde entier : Palestine, Espagne, Irlande, et le Black Panther Party américain. 

« Tous les pays qui étaient confrontés au fascisme et à l’impérialisme », explique Sedira. « C’était un moment visionnaire qui a été perdu. »

Cette histoire demeure, pour l'essentiel, non reconnue par les récits anglophones, qui excluent souvent l'Afrique du Nord de la grande tradition du cinéma africain, affirme Sedira. « Ce genre d'essentialisme me rend folle. Le cinéma africain englobe l'Afrique du Nord et l'Afrique du Sud ; il s'agissait donc pour moi de dépasser cette division, née de la colonisation », explique-t-elle. 

L'œuvre de Sedira, qui embrasse le film, la photographie, la performance et l'installation, s'inspire souvent de l'âge d'or du cinéma militant et de la ferveur culturelle qu'il a suscitée. Représentant la France à la Biennale de Venise 2022 en tant que première artiste d'origine algérienne, son installation, « Les rêves n'ont pas de titre », recréait un décor du film « La Bataille d'Alger » de Gillo Pontecorvo , interdit en France lors de sa sortie en 1966. 

Une photographie de l'installation Dreams Have No Titles de Zineb Sedira, qui recréait des décors de La Bataille d'Alger, pour la Biennale de Venise 2022.
Installation « Les rêves n’ont pas de titre » de Sedira pour la Biennale de Venise 2022. Photographie de Thierry Bal, avec l’aimable autorisation de Zineb Sedira.

Installée à Londres depuis 1986, Sedira se décrit comme Britannique, Française, Algérienne, musulmane, Arabe, Berbère, Africaine, Moyen-Orientale, Maghrébine, une « fille de Brixton », et une passionnée d'archives et de brocantes. « Je suis un peu collectionneuse compulsive », confie-t-elle. 

Dans les galeries Duveen, elle a recréé les cafés parisiens de son enfance. Son père, décédé il y a deux ans, l'emmenait souvent dans les cafés pendant ses jours de congé. Elle était fascinée par les Scopitone , précurseurs des juke-boxes vidéo qui diffusaient de courts films musicaux tournés en 16 mm. Dans cette installation, un Scopitone diffuse des extraits du photomontage d'Agnès Varda, Salut les Cubains (1963), entremêlés d'images d'archives, le tout sur une musique afro-cubaine.

Derrière le bar : des bouteilles de Selecto pétillant , un timbre commémoratif algérien célébrant le centenaire de la naissance de Frantz Fanon , un billet de banque cubain à l’effigie de Che Guevara. Sur les tables, des ouvrages contemporains sur le cinéma africain invitent le public à participer à une sorte de mise en scène.

Elle me confie qu'elle aurait aimé vivre certains aspects de cette époque qui est au cœur de son œuvre récente, un désir qu'elle hésite à qualifier de nostalgie. « J'aurais aimé être adulte à Paris dans les années 60. J'aurais probablement connu des gens de la Nouvelle Vague », dit-elle. « En France, j'allais au cinéma avec mon père… mais il ignorait même que les Algériens produisaient autant de films. »

Une photographie d'une partie de l'installation de Zineb Sedira pour sa commande de 2026 à la Tate Britain, présentant une reconstitution d'un café parisien des années 60, avec deux personnes appuyées au comptoir en pleine conversation et une femme assise à une table au premier plan, lisant un livre.
Extrait de l'installation de Sedira pour sa commande de 2026 à la Tate Britain. Photographie de Lucy Green, avec l'aimable autorisation de la Tate.

Si ce n'est de la nostalgie, peut-être que « When Words Fall Silent » propose une réinterprétation au futur : de ce qui fut et de ce qui pourrait encore être. « J'ai commencé ce projet avant le génocide de Gaza », me confie Sedira. « Mais il nous rappelle que ce qui s'est passé dans les années 60 et cette conscience politique mondiale très forte qui animait alors doivent renaître. »

Les résonances contemporaines de l'installation sont multiples, explique-t-elle, citant le renforcement des solidarités politiques en faveur de la Palestine , forgées à travers le monde à l'instar du mouvement mondial contre la guerre du Vietnam qui s'était mobilisé à l'époque. Pour elle, le cinéma demeure un outil potentiel de résistance. 

« Il s'agit de raconter une histoire que les gens ne peuvent ou ne veulent pas voir si elle passe par la télévision ou les actualités », dit-elle. « Nous continuons le combat. Je lutterai toujours contre le fascisme, quel qu'il soit. »

Au cœur de ce nouveau travail se trouvait le désir d'archiver des récits susceptibles de disparaître rapidement. Confronté au constat que nombre de figures ayant joué un rôle déterminant dans le développement du cinéma algérien post-indépendance ont disparu, Sedira a entrepris de recueillir des témoignages oraux auprès de ceux qui sont encore vivants : Boudjemaâ Karèche , directrice de la Cinémathèque algérienne de 1978 à 2003, et le critique et historien du cinéma Ahmed Bedjaoui

Photographie de la reconstitution par Zineb Sedira d'un cinéma ambulant Ciné-Pop pour son installation commandée à la Tate Britain en 2026. Le camion vert est placé à côté d'un grand écran diffusant l'interview de Sedira avec le critique et historien du cinéma algérien Ahmed Bedjaoi.
Recréation par Sedira d'un cinéma ambulant Ciné-Pop pour son installation à la Tate Britain. Photographie de Lucy Green, avec l'aimable autorisation de la Tate.

Dans le dernier espace de l'exposition Duveen, une camionnette des années 1960 évoque l'histoire des unités mobiles de projection Ciné-Pop de l'armée française : des véhicules qui diffusaient des films de propagande en Algérie avant d'être réquisitionnés par l'État indépendant pour projeter des films anticoloniaux auprès des populations rurales. Dans la galerie, la camionnette Ciné-Pop projette l'entretien de Sedira avec Bedjaoi, qui se souvient des débuts exaltants du cinéma algérien. 

Dans la vidéo, l'historienne est assise devant un fond où figure une photographie prise par Sedira de la terre de son père. Ce sujet est familier à l'artiste, dont les œuvres autobiographiques antérieures ont souvent exploré les eaux, les paysages et les frontières du lieu de naissance de ses parents. 

« J’avais le sentiment que je devais, comme toujours, intégrer un peu de la famille au projet », explique-t-elle. « Et pour moi, la métaphore est que la terre a toujours été un père, comme la mer était une mère. »

L'exposition « When Words Fall Silent, Cinema Speaks… » de Zineb Sedira est présentée à la Tate Britain jusqu'au 17 janvier 2027, entrée gratuite .

jeudi 19 mars 2026

Les citoyens dénoncent les trottoirs et les rues délabrés à Bordj -BBA-

 Depuis qu'Internet apporte aussi à travers la présence directe ou en différé des citoyens, il est établi qu’il y a enrichissement des apports en matière d’informations utiles et importantes pour la société, sa santé, son économie, son bien-être et son existence en général.

Dans les échanges des réseaux d'internet, où facebook a une place prépondérante, est apparu ce message. Il dénote à lui-seul l'état des trottoirs et des rues de la ville chef-lieu de wilaya qui pourtant devait avoir suffisamment de moyens.

En dépit de la richesse du budget, la dégradation des voies piétonnes et de circulation des véhicules.

La voierie de la ville de Bordj, une catastrophe de mauvaise gestion. Sans nul doute, ces inconvénients des rues et trottoirs sont pires inconvénients aux handicapés en fauteuils roulants, un blocage de marche pour les personnes âgées et une image dégradante de la ville de Bordj qui est l’une des plus riches du pays avec son industrialisation.

En effet les ressources économiques de BBA sont les plus reluisantes et les mieux dotées d’Algérie. Uniquement sur la quote-part, revenant aux collectivités locales que les communes et les wilayas obtiennent, de la fiscalité des activités économiques installées sur son territoire alimentent avec richesses le budget local.

En dépit que je ne suis pas sur place, je reste encore lié à mes sources qui me fournissent des éléments et données fondateurs principaux de mes articles ainsi que c’est leur pourvoyeur d’inspiration.

L'occasion m'est donnée ici, cette fois, de remercier ceux qui ont une vraie et sincère confiance en mon labeur qui j'espère aidera à trouver des solutions aux citoyens et à la cité qu'ils partagent pour y vivre.

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مواطنون يستنكرون تهالك أرصفة وشوارع برج -BBA-

منذ ظهور الإنترنت، بات جلياً، عبر التواصل المباشر وغير المباشر، أنه يُثري تدفق المعلومات المفيدة والهامة للمجتمع، وصحته، واقتصاده، ورفاهيته، ووجوده عموماً.

ظهرت هذه الرسالة في نقاشات على الإنترنت، وخاصة على فيسبوك، وهي وحدها تُسلط الضوء على حالة أرصفة وشوارع عاصمة المحافظة، وهي مدينة كان من المفترض أن تتمتع بموارد وفيرة.

على الرغم من الميزانية السخية، فإن مناطق مرور المشاة والمركبات تتدهور.

تُعدّ البنية التحتية للطرق في برج كارثة سوء إدارة. ومما لا شك فيه أن هذه المشاكل في الشوارع والأرصفة تُسبب إزعاجاً كبيراً لمستخدمي الكراسي المتحركة، وتُعيق حركة كبار السن، وتُشوّه صورة برج، إحدى أغنى مدن البلاد بفضل تصنيعها.

في الواقع، تُعدّ الموارد الاقتصادية لمدينة بابل بابل من أغنى الموارد وأكثرها وفرة في الجزائر. ويُموّل اقتصادها المحلي بالكامل من حصة الضرائب المفروضة على الأنشطة الاقتصادية داخل حدودها، والتي تُخصّص للبلديات والولايات.

ورغم أنني لستُ متواجداً في المدينة، إلا أنني على تواصل دائم مع مصادري التي تُزوّدني بالمعلومات والبيانات الأساسية لمقالاتي، والتي تُشكّل أيضاً مصدر إلهامي.

وهذا يُتيح لي الفرصة لأشكر كل من وضع ثقته الصادقة في عملي، الذي أرجو أن يُسهم في إيجاد حلول للمواطنين والمدينة التي يعيشون فيها.

mercredi 3 décembre 2025

Martyre pour la libération de l'Algérie, la communiste Raymonde Peschard.

 

Raymonde Peschard est tombée au champ d'honneur, le 26 novembre 1957, à djebel Tafertast au nord-ouest Medjana. Elle était accompganée de 4 médecins, qu'elle transférait vers la Tunisie. Comme l'a été le docteur Benabid...

L'héroïne est née le 15 sep 1927 à St-Eugène (Alger), de parents de Constantantine. Raymonde Peschard s'est engagée dans l’action politique auprès des plus humbles dès que sa conscience s’éveilla, grâce à son oncle Edouard, un communiste cheminot à Constantine qui l’avait adoptée à la mort de sa mère et l’avait aidée à acquérir une formation d’assistante sociale et de femme militante.

Raymonde avait une relation particulière avec la ville de Constantine, qui l’avait adoptée. C’était l’époque où elle travaillait comme assistante sociale à l’ex-EGA (Sonelgaz), dont le siège se trouve tjrs au quartier du Coudiat dans la rue qui porte actuellement son nom.

Dans les années 40, fréquentant communistes et nationalistes de Constantine, Raymonde se fait rapidement remarquer par les autorités coloniales qui ne tardent pas à la déclarer persona non grata dans la ville.

C'est ainsi qu'elle réintègre Alger, sa ville natale, où grâce encore à une complicité communiste, elle trouve à s'employer au sein de l'EGA. Elle reprend son action et se retrouve aux côtés de celui qui devient bientôt un héros martyr de la cause algérienne : Fernand Iveton ( le 1er et seul européen guillotiné de la Guerre d'Algérie, le 11.2 1957 dans la cours de la prison Barberousse d'Alger) avec lequel elle entre au FLN en 1956. En nov, à la suite de l'arrestation de Fernand Iveton, la presse coloniale diffuse sa photo sous le titre : "La femme blonde qui a remis la bombe à Iveton est identifiée". Peschard se fond dans la clandestinité et monte en avril 1957 au maquis dans la wilaya III, où elle avait servi comme infirmière dans le service médical, sous le nom de Taous.

Le 26 nov 1957, Raymonde tombe au champ d'honneur, les armes à la main, suite à une embuscade tendue par l'armée française à Djebel-Rih, dans les Bibans, sur indications de harkis et autres collabos qui aperçurent le déplacement pédestre du groupe qu’elle conduisait.

Elle devait rejoindre les troupes de l'ALN en Tunisie avec un groupe de 4 médecins pour renforcer l'équipe médicale.

Dans son édition du 29 nov. 1957, la Dépêche de Constantine a rapporté que la nouvelle de sa mort a été tenue secrète jusqu’à son identification officielle par les experts grâce à ses empreintes digitales.

L’opération qualifiée de grand évènement pour l’armée française a été célébrée par de nombreux médias. Ces derniers n’ont pas manqué de rappeler le parcours atypique de Raymonde Peschard.

Elle repose au cimetière de Constantine, aux côtés de son oncle Edouard qui l'avait recueillie à la mort de sa mère. Elle lui doit son éducation politique et l'idéal de justice sociale qui anima sa jeune vie et détermina son engagement. En hommage à cette femme exceptionnelle, une grande artère de Constantine porte son nom.

Elle était une Juste parmi les Grands Martyrs européens, morts pour une Algérie algérienne

mardi 14 janvier 2025

Les jets et dépôts anarchiques des déchets et ordures...

La complainte du citoyen Smaïl Boudechicha sur la détérioration du cadre de vie dans la ville de Bordj ne peut passer inaperçue. Comme localier de presse depuis cette ville, je partage l'exaspération des administrés qui méritent de vivre dans une ville modèle. 

La vidéo de Smaïl relate la catastrophique situation des incivilités des citoyens et de la mauvaise gestion de l'espace urbain par les élus qui font du laisser-aller, tels des irresponsables, notamment l’APC (ou bien la mairie). 

En matière de la gestion de la voierie qui a trait à la propreté des rues et des trottoirs, ainsi qu’à leur entretien pour que ces infrastructures soient praticables, c’est lamentable ce que subissent les administrés une ville florissante par son industrie, donc riche avec un budget conséquent, mais dans un état des plus déplorables. 

Je vous laisse consulter la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux du Net.

vendredi 16 août 2024

Des chômeurs payés par l'ANEM, sans avoir suivi les formations qui leur ont été prescrites.

L'exigence de crédibiliser les institutions, de l'État national, qui octroient des soutiens sociaux aux chômeurs, passe par la rigueur de la gestion de toutes les affaires publiques. Et le devoir des citoyens de suivre des formations indiquées par l'ANEM (agence de l'emploi), afin qu'ils soient aidés financièrement, est une exigence pour améliorer leur propre et personnelle vie sociale.

Les bénéficiaires de l'allocation de chômage, instituée dernièrement, originaires de Bord-Bou-Arreridj sont en litige avec l'ANEM. L'organisme responsable du service public de l'emploi en Algérie, bien sûr que l'agence locale qui est concernée, leur a payé des compensations, sans qu'ils n'aient été aux formations professionnelles qui leurs sont destinées.

Les articles sur l'économie de Bordj-Bou-Arreridj.

Il a fallu le déplacement du ministre, pour traiter cette discorde entre service public et administrés. La mission de l'ANEM est de mettre en relation les offres de poste de travail, qu'elle reçoit ou détecte auprès des opérateurs économiques, et les demandeurs postulants pour les occuper.

Sur cette photo, d'août 2024, le Wali de BBA et le ministre se concertent sur cette situation d'exiger des remboursements à des citoyens démunis, mais qui ont failli à leur de devoir de se suivre une formation. 
Le litige porte sur des remboursements des allocations versées aux citoyens sans-emplois, dont certains ont trait à plusieurs mois. Le hic, pour ces cas de démunis de ressources, donc sans capacités financières de restitution de dettes, est le besoin de ce revenu, souvent dépensé dans les jours qui suivent sa perception.

Les concernés par cette aide sociale n'ont pas été aux formations auxquelles ils avaient été dirigés, par l'institution qui leur réclame de restituer les allocations de chômage qu'ils ont perçu.

Suite du procès, Sellal et Ouyahia écopent de 5 ans et amende dans l'octroi d'avantages à Condor.

Le déplacement du ministre du Travail, Mr Fayçal Bentateb, pour résoudre ce dilemme d'avoir payé des ayant-droits qui sont dans un besoin de ces subsides. Donc dans la difficulté de rembourser...

Pour certaines sources, ils sont plus centaines de cas à avoir perçu ces aides. Mais aussi ils (et elles) devaient se soumettre à des formations qui leur ont été notifiées par l'ANEM. Mais ils n'ont suivi les stages qui leur ont été signifiés à suivre pour sortir de leur situation de chômeurs. 

Et comme certains, voire bien nombreux sur le territoire de la wilaya, ont été payés pendant plusieurs mois. Leur dette est donc assez significative et pesante. Le parasitisme est aussi une démarche assez fréquente chez certains citoyens.

jeudi 4 août 2022

L'industrie du rail, quand Bordj accueille le nouveau prolétariat en Algérie

Dans plusieurs des sujets sur la mémoire de Bordj, je cite les chemins de fer qui ont été un jalon du réveil dans l'émancipation de cette région aux portes de l'est du pays. Mais j'insiste aussi sur le monopole de la colonisation pour l'accaparement des richesses et surtout des plus belles terres, ce qui a motivé cette réalisation d'infrastructure pour une destination précise. D'une violence aveugle et inouïe, contre surtout les originels habitants, était la colonisation, alors que le rail est un grand symbole et un vrai atout économique et culturel.


Les 2 premières parties :

Victor Spielmann : rebelle, indigéniste et communiste inné.

Histoire & anecdotes du passé des communistes à Bordj.

Saluer le passage du train, sur les hauts-plateaux des Bibans et perçant les "Monts de Babour", au moment où le même fait historique survenait dans l'ouest américain, c'est vraisemblablement une révolution humaine importante. C'était le moyen de transport terrestre qui commençait à mettre fin aux animaux et aux pénibles marches à pieds !

Que cela agace certains, l'Algérie tribale de la charia islamique, diligentée par les ottomans, a laissée les habitants dans les ténèbres et l'arriération. C'est l'une des causes directes du maintien, pendant quasiment plusieurs siècles, de la société algérienne dans la léthargie du sous-développement. C'est ce retard qui a facilité à l'occupation française de se déployer, en dépit des grandes révoltes et des résistances.

Pourquoi alors la voie ferrée dépassait la route qui n'était que piste, avant la mécanique que nous connaissons ? Il faut être aveuglé pour ne pas apprécier le tonnage de marchandise, voire nombre de personnes, qu'un wagon de train peut transférer. Rajouter bien sûr la faveur de la vitesse... Telle est la révolution !

J'insiste sur ce secteur industriel et la position géographique de la ville de Bordj. 2 probations qui ont conditionné la vitalité de la petite bourgade qui s'est constituée autour de la station ou gare. Et la minuscule ville est née réellement, voire physiquement, depuis que la machine dite "la bête humaine a transformé la "condition des hommes et des femmes".

Je peux encore une fois redire que c'est grâce au rail que le PCA a été le 1er parti a être constitué en Algérie. Venant de France, les expatriés qui ont plus été éloignés par l'administration du territoire de la métropole, comme les révolutionnaires de France de 1848 (copier le lien). C'était la période de bouleversements sociaux et politiques marquants notamment en Europe et surtout dans les colonies où les bases de la modernité se sont ancrées avec les industries et les premiers brassages des populations.

Dans le prochain article : la liste des militants du PCA, à Bordj bien sûr. Où nous remarquerons que leur majorité sont passés comme salariés des chemins de fer et d'origine européenne. Cependant que vous aurez beaucoup de surprises concernant les personnalités algériennes qui sont passées à Bordj et dans les rangs des communistes.

Parmi ces noms, j'ai déjà cité Victor Speilmann qui n'est pas des moindres noms de notre mémoire collective. 

Aussi, Mouloud Gaïd (1916 - 2000) frère de Tahar et Malika Gaïd. L'immense Historien a été adjoint d'Aïssat Idir à la tête de l'UGTA et représentant de cette dernière à la confédération internationale des syndicats. Son passage à la CGT de 1946 à 1949 à Bordj, le rapprocha du PCA ce qui est peu cité, car il était admis et des fois structuré. Son immense travail sur la dimension berbère de l'identité nationale est édifiant dans ses travaux d'historien.

Abdelhamid Boudiaf, membre du comité central du PCA depuis 1947. Enseignant de métier. Né dans de la famille paysannes des environs de M’sila. Il est apparenté à la grande famille des Boudiaf, de Mohamed Boudiaf, initiateur de l’insurrection du 1er Novembre 1954 et président assassiné en 1992. 

Abdelhamid est un éminent organisateur du PCA dans la région de Bordj qui depuis 1943 est devenue un bastion pour la libération et de la mobilisation. Voire un point de relai, grâce au train aussi, avec les autres régions. La section PCA a immobilisé maintes fois les transferts d'armements, notamment lors de la bataille du 20 août 1955 à l'est d'Algérie menée par Zighoud Youcef et Mustapha Benboulaïd. Ces deux personnages venaient souvent à Bordj, au temps du PPA notamment.  

En 1945, A. Boudiaf devient secrétaire du bureau du PCA pour la région de Constantine. Il a été candidat de ce parti à différentes élections, notamment à Bordj et Alger. Il participe ensuite à la lutte armée à partir de 1956, cordonnant les communistes en arrière du "maquis rouge" de l’Ouarsenis, rapidement démantelé. Envoyé se soigner en URSS, à Odessa en 1960 ; un temps, délégué du PCA à Prague ; vit en URSS depuis 1963.

Les 2 premières parties :

Victor Spielmann : rebelle, indigéniste et communiste inné.

Histoire & anecdotes du passé des communistes à Bordj.

samedi 30 juillet 2022

Victor Spielmann : rebelle, indigéniste et communiste inné.

Même si le communisme est une idée récente, elle était vivante dans les luttes des humbles. Sa présence jalonne l'Histoire de l'Humanité. Depuis la nuit des temps les combats contre les inégalités existaient. La doctrine qui est venue leur donner des livres pour identifier et rassembler une même philosophie en théorie...
D'emblée il est nécessaire de situer que le contexte qu'offrait Bordj-Bou-Arréridj pour que se tienne une résistance à l'occupant français est assez particulier. L'actuelle agglomération urbaine n'existait pas, avant 1870, date de la révolte d'El-Mokrani. Seul l'édifice des janissaires, communément appelé "Château" actuellement, était construit et tenu par une faction d'une cinquantaine d'hommes. 
Autour duquel des autochtones avaient élu sédentarisation dans quelques gourbis. Ils vivotaient de travaux que leur permettait lors du paiement du dû en contrepartie du protectorat ottoman pour l'ensemble du pays. Le vrai travail à cette  époque était agricole. Et ne manquait pas  les terres fertiles, citées par le chanteur Rabah Driassa "El-Bordj" Essaba. Et Avant lui le chantre de la chanson chaoui, Aïssa El-Djarmouni, disait "El-Bordj Al-Aâli" (Bordj le haut).  
Puis la conquête française est venue, arrivant vers 1840 dans la région. En préparation du passage de voie ferrée, utile à l'empire colonial pour extraire les richesses, une bourgade est née et deviendra attrayante. Le tunnel d'El-Achir a été percé dans la montagne de Aïn-Defla en 1870, comme témoigne un écriteau gravé sur la roche à son entrée en venant de l'ouest. 
Alors que les hostilités contre les partisans de la colonisation prenaient de l'ampleur chez les berbères et la tribu des H'chems, Bordj abrita des colons, chrétiens, juifs et Algériens. Tous ces derniers constataient que le nouvel occupant français ramenait un mode vie différent. Le changement les intéressait parce que les gardiens des frontières, les turcs ne permettaient rien, afin de se défendre des pénétrations des croisades constamment menaçantes...
Alors que les Ottomans interdisaient les contacts de la population, avec l'extérieur et appliquait la barbarie de la charia islamique, cette autarcie n'avait apporté aucun progrès. Ce qui a laissé, des siècles durant, la nation dans l'arriération. En effet c'est la gouvernance turque qui empêchait l'envahissement des croisades européennes, qui n'avait rien développé, y compris dans son propre fief aux portes de l'Asie dont Constantinople et Istanbul.
Avec le train passant à Bordj, sa gare se situe en équidistance entre Alger et Constantine, presque égale entre Sétif et Bouira ou bien M'Sila et Béjaïa. Elle s'y prête à la gestion des vacations du personnel des cheminots et en relai régional important, avec une position géographique idoine à la nouvelle d'économie venue avec la présence française violente et spoliatrice des terres.
C'est avec le rail que Victor Speilmann s'est trouvé, en 1977, à Bordj dès 11 ans de son âge. Le texte suivant le décrit fidèlement en homme majeur dans le mouvement ouvrier, indigéniste et anticolonial qui n'a jamais cessé d'exister depuis que la soldatesque de la France a débarqué. La résistance n'a pas arrêté mais elle était souvent faible, traquée, persécutée, isolée et désorganisée.
L'Emir Khaled, qui a été soutenu par Spielmann

Fils d’un optant alsacien, Victor Spielmann arrive en Algérie en 1877 à l’âge de 11 ans. Son père parvient à obtenir un petit lot de colonisation à Bordj Bou Arreridj. Mais, comme nombre de petits colons, il mène une vie difficile sur une terre ingrate. En 1897, pour son fils qui lui a succédé, c’est la ruine et la saisie de ses biens. Cette expérience éprouvante contribue à faire de lui un révolté. Il va désormais mener une lutte de tous les instants contre « l’Administration », en fait contre ce système colonial dont il allait progressivement percevoir qu’il exploitait et opprimait davantage encore les Algériens de souche. Pour s’assurer le pain, un temps cordonnier, puis représentant de commerce, il se lance aussi dans le journalisme. Toujours sur le qui-vive, il parcourt le bled pour dénoncer sans relâche la grosse colonisation, les banques et les puissants de la bourgeoisie coloniale. Fin xixe-début xxe siècle, particulièrement dans sa région – le Constantinois –, la défense des Européens de basse condition va volontiers de pair avec la dénonciation des Juifs, laquelle sous-tend la crise « autonomiste » créole de 1898 : les ressentiments sociaux sont exploités démagogiquement par un « parti radical antijuif » dont le maire de Constantine Émile Morinaud est le dirigeant le plus en vue. Existait en Europe un antisémitisme populaire, qui fut aussi le fait de nombre de « petits blancs » d’Algérie : dans leur pré-carré dénommé français, ils voyaient dans les petits commerçants et artisans juifs, généralement fort pauvres, des rivaux auxquels le décret Crémieux (1870) avait indûment conféré la nationalité française.

Toutefois, indisposé par la compromission croissante des notables du parti antijuif avec les potentats de la bourgeoisie coloniale, Spielmann rompt en 1902 son compagnonnage politique avec eux. Reprenant sa liberté, il se consacre désormais aux problèmes de sa région. Avec quelques compagnons, il écrit dans de petits journaux locaux – L’Écho d’Aïn TagroutLe Cri des Hauts PlateauxL’Avenir de Bordj Bou Arreridj… –, tout en militant politiquement selon un mode protestataire et en collaborant à de nombreuses œuvres sociales – syndicats agricoles, bibliothèques populaires, sociétés de secours mutuel, orphelinat du peuple…

Dans le même temps, il se lie avec Gaston de Vulpillières, socialiste humaniste, libertaire et internationaliste, archéologue de l’antique Calcaeus Herculis (El Kantara), et défenseur passionné des Algériens misérables du Village rouge d’El Kantara parmi lesquels il vit. Dans son sillage, Spielmann étend de plus en plus ses activités à la défense des Algériens. En 1906, il collabore au journal algérois de Vulpillières, Le Croissant-El Hillal, « organe des revendications indigènes ». Il contribue ainsi à aiguillonner les velléités de réformes entamées par le gouverneur général de l’Algérie Charles Jonnart et à soutenir cette haute figure « indigénophile » que fut le député de la Haute-Marne Albin Rozet. Il dénonce le Code de l’Indigénat de 1887, qui codifie la discrimination ; il dénonce sans relâche les abus de l’administration coloniale, qui moleste colons pauvres et « prolétaires indigènes », pour lui tous victimes d’un même système régi par les gros colons et les banques, en commerce avec quelques bachaghas acquis et intégrés au système. Fin 1910, Spielmann devient le collaborateur de Sadek Denden, à son journal L’Islam, le plus connu des journaux « jeunes-algériens ».

4De 1912 à la guerre de 1914, Spielmann est le correspondant pour l’Ouest Constantinois du Cri de l’Algérie, dirigé par Vulpillières. La grande dénonciation du journal est celle de l’imposition aux Algériens du service militaire obligatoire, institué par le décret du 31 janvier 1912, cela sans compensation aucune – « un scandale ». Il ne réclame pourtant guère, à la différence de ses amis jeunes-algériens, le droit de vote : en société coloniale, il serait pour lui bafoué, et ne servirait qu’à affermir l’emprise d’une « bourgeoisie indigène » qu’il exècre. Aux côtés de son ami Deybach, lui aussi alsacien, Spielmann est présent partout où des incidents entre recruteurs et conscrits se produisent – et ils sont légions. Il témoigne :

« Si nous, Alsaciens, nous plaignons des spoliations et des vexations dont nous sommes victimes de la part de l’Allemagne, que doivent dire les indigènes patriotes de leur Algérie, pour avoir été, sous prétexte d’insurrection, dépouillés de centaines de milliers d’hectares des meilleures terres, sans compter l’amende de guerre. Les Allemands, en 1870, se sont contentés de l’amende et d’une partie de notre territoire. C’est pour cela que je proteste contre toutes les injustices dont on les abreuve. Comment, avec de telles spoliations territoriales, vous trouvez tout naturel qu’on appelle les enfants des Indigènes sous les drapeaux pendant trois ans, au lieu de deux comme les nôtres, et sans compensation d’aucune sorte ? Mets toi à leur place, et, là, dis moi franchement ce que tu ferais de l’arme que ton spoliateur te confierait ? Il faut être insensé pour ne pas voir où nous allons. Si je réclame des compensations, ce n’est pas tant le bulletin de vote que je vise, car nous ne sommes pas mûrs nous-mêmes pour l’employer utilement, mais leur émancipation civile, afin qu’ils échappent à leurs tortionnaires administratifs ».

Spielmann dénonce inlassablement les trafics dont la conscription est l’occasion, qui enrichissent les agents de l’administration et des notables de telles grandes familles algériennes ; et aussi les spoliateurs des fellahs qui s’engraissent de la colonisation foncière, et leurs comparses, administrateurs de communes mixtes et autres « adjoints indigènes ». Le ton du Cri de l’Algérie, violent, amer, souvent désespéré, est plus proche de la dénonciation libertaire que du socialisme marxiste. Les articles, toujours grinçants, jamais drôles, donnent un sombre tableau du Constantinois à la veille de la Première Guerre mondiale.

On perd la trace de Spielmann pendant la guerre, au lendemain de laquelle il se trouve proche des positions des communistes d’Algérie. Il dut un temps adhérer au parti, même s’il resta toujours marginal par rapport à lui, avant de s’en éloigner en 1925, puis de rejoindre formellement la SFIO. Il resta cependant un atypique. Ahmed Khobzi, l’instituteur communiste à qui le liait une solide amitié, disait de lui : « Il était trop rebelle pour accepter la discipline, trop anarchiste pour accepter un maître ». De fait, il avait baptisé le très modeste pavillon où il vivait avec sa femme Hélène Bonino, à Frais Vallon, au flanc de Bab El Oued, « villa Francisco Ferrer », du nom du célèbre militant anarchiste et anticolonialiste catalan, fusillé à Barcelone en 1909.

L’Ikdam et La Lutte sociale étaient imprimés par la même…« Le nationalisme n’est pas le socialisme » ; « les indigènes…Spielmann n’en collabora pas moins dès 1921 à la Lutte sociale, devenue communiste après le congrès de Tours. Si nombreux étaient alors les communistes à n’être pas hostiles « aux aspirations d’indépendance coloniale », d’autres, dans l’inspiration de la motion de la section de Sidi Bel Abbès (1922), continuaient à coups d’arguments foncièrement coloniaux, à s’en tenir à des positions social-colonialistes. Sous l’impulsion du professeur d’histoire André Julien, alors en poste en Algérie, Spielmann allait jouer un grand rôle pour étayer les dossiers tant réclamés par le futur grand historien du Maghreb, connu ultérieurement sous le nom de Charles-André Julien – il était alors communiste –, en vue d’argumenter les positions politiques sur le sujet, crucial, de la colonisation. D’emblée, ses articles s’imposèrent. Malgré – ou grâce à – son style lourd et ses exemples ressassés, Spielmann faisait preuve de pédagogie. Toujours avec des dossiers précis, nourris de chiffres surabondants, il cherchait avec obstination à expliquer comment la France conduisait en Algérie une politique injuste et discriminatoire, affamant les « mesquines » (sic) et les maintenant dans l’ignorance. Notamment, grâce à lui, exista un temps dans ce journal communiste un certain dialogue entre communistes, et aussi entre les communistes et tels porte-parole de l’Algérie algérienne. Le journal de l’Émir Khaled, L’Ikdam – qui avait succédé à L’Islam d’avant guerre –, volontiers brocardé pour sa tiédeur à l’égard de la révolution bolchévique, fut pourtant de plus en plus ménagé grâce à Spielmann : ce dernier était de longue date l’ami de Khaled, et il devint son collaborateur politique ; Spielmann acquit une véritable stature de trait d’union franco-algérien – il donna ce nom de trait d’union à son journal et à la maison d’édition qu’il fonda à cette époque. Ferhat Abbas eut pour lui ces mots :

« Victor Spielmann publiait La Tribune, et ensuite Le Trait d’Union. Ce courageux Alsacien, dont j’évoque avec émotion le souvenir, ancien colon de Bordj Bou Arreridj, prenait violemment à parti les pouvoirs publics, et dénonçait avec vigueur l’expropriation des Arabes et leur ruine. À certains égards, il était un des plus valeureux défenseurs de notre cause ».

Spielmann cessa de collaborer à La Lutte sociale à l’été 1924, probablement au moment où il prit ses distances avec le PC. Mais il consacra l’essentiel de son activité, de 1919 à l’exil de l’émir Khaled, à l’été 1923 – et même au-delà, pendant sa relégation à Alexandrie –, au combat de ce dernier. Un grand nombre de textes en français du petit-fils de l’émir Abd El Kader furent en fait écrits par Spielmann : on retrouve dans la prose en français de Khaled les thèmes, les tics de plume, les textes hachés en paragraphes courts, caractéristiques de son mode d’écriture. Le texte de la conférence faite par Khaled à Paris les 12 et 19 juillet 1924, lors de son bref retour à Paris après la victoire du Cartel des Gauches – la seconde sous les auspices de l’Union intercoloniale communiste – fut publié à Alger à ses éditions du Trait d’Union. Et le texte de cette conférence ressemble fort à la pétition que Khaled avait adressée en avril 1919 au président américain Wilson pour plaider la cause algérienne : l’historien peut penser que, plausiblement, le texte de la pétition fut largement inspiré, sinon rédigé par Spielmann.


Dans l
Ikdam, Spielmann continua à écrire les mêmes articles dénonciateurs dont il était coutumier. À partir de 1922, au moment de la radicalisation de Khaled, l’émir lui donne de plus en plus la parole. Il fut sans doute le plus fidèle de ses fidèles ; il popularisa sa figure de za‘ īm (guide du peuple, leader) algérien équivalent du za‘ īm égyptien Saad Zaghloul. Après son exil, il ne cessa de clamer : « Nous ne cesserons de crier : rendez-nous notre Émir, notre Zaghloul Pacha ! » De son exil oriental, Khaled maintint les liens avec Spielmann. En 1925, il le chargea d’examiner un projet de création à Alger d’un quotidien franco-arabe. Malgré ses efforts pour recueillir des fonds, le journal ne vit jamais le jour. Spielmann ne put que continuer son combat dans son Trait d’Union, fondé après la disparition de L’Ikdam, qui suivit l’élimination politique de Khaled ; mais sans l’émir, et sans non plus le compagnonnage de plume des communistes. Il tenta – mais sans succès – de mettre sur pied un cercle franco-nord-africain, cela sans aucune référence à la république des Soviets. Il publia en 1930 à ses éditions du Trait d’Union le premier livre de Ferhat Abbas, Le Jeune Algérien, qui fut simultanément publié à Paris aux éditions de la Jeune Parque.

Dans les articles et les multiples brochures publiés par Spielmann, les républiques soviétiques ne sont jamais citées comme symboles du monde nouveau issu de la Première Guerre mondiale. Le sont au contraire d’abondance la Turquie, l’Inde, l’Égypte… Il fut en somme plus tiers-mondiste que communiste. Et le vocabulaire (« serfs », « féodaux », « oligarchie », « ravageurs »…) renvoie davantage à un populisme révolutionnaire anarchiste qu’au marxisme-léninisme. Il parvint vaille que vaille à faire paraître Le Trait d’Union jusqu’en 1928, se débattant dans les difficultés financières, et en dépit de la collaboration de Ferhat Abbas. Il est un temps inquiété, et même, en 1925, emprisonné à la prison de Barberousse pour ses positions politiquement iconoclastes. Il doit continuer pour vivre, et pour faire vivre son journal et sa maison d’édition, à faire le représentant de commerce. Il collabore aux journaux socialistes Demain et Alger socialiste. Les petites brochures qu’il fait imprimer à compte d’auteur pour s’y exprimer en toute liberté sont mal diffusées et se vendent mal. La Ligue des Droits de l’Homme, qui tient congrès à Alger en 1930, fait sienne sa proposition de conférer les droits politiques aux Algériens. Il tente de donner au Trait d’Union un successeur sous le titre de La Tribune indigène algérienne, mais il ne parvient pas au total à publier plus de vingt numéros. Les notables algérois sur le concours financier desquels il avait cru pouvoir compter s’étaient dérobés.

Au surplus, s’il piétine, c’est peut-être aussi que ses perspectives politiques manquent de netteté. Certes son projet politique n’est pas la colonie du système colonial ; mais son tempérament est plus celui d’un dénonciateur que d’un politique au sens constructif du terme. Anticolonialiste, certes, Spielmann le fut, même s’il ne fut pas résolument un indépendantiste – rappelons qu’un grand nom comme Ferhat Abbas, en ce temps, ne l’était pas davantage. À mesure qu’en Algérie, partis et organisations politiques se structurent, Spielmann apparaît de plus en plus isolé, et comme hors du temps. S’il émeut, il ne met pas en branle de mouvement politique construit et organisé. Et, s’il parle juste, tel Cassandre, il n’est guère écouté.

Il salue en 1936 le Front populaire et le Congrès musulman, mais il ne semble pas y avoir pris une grande part. Il a, il est vrai, 70 ans ; il est usé par une vie de combats. S’est-il attelé à la rédaction de ses mémoires, annoncés dès 1934 sous le titre Un demi-siècle de vie algérienne (1877-1934) ? Nul ne sait s’il y travailla vraiment dans le contexte désespérant de l’échec du Front populaire, du projet Viollette, et du Congrès musulman. L’ouvrage, en tout cas, ne parut jamais. À sa mort en 1938, selon certaines sources, Ferhat Abbas aurait été le légataire de ses archives, de sa bibliothèque, de ses luttes passées. Sa petite maison de Frais Vallon était, il est vrai, une prodigieuse bibliothèque sur l’Algérie, sa cave regorgeait des archives qu’il avait accumulées un demi-siècle durant. Il fut salué, dans une notice nécrologique émouvante dans son Shihāb par le dirigeant des ‘ulamā’, shaykh Abdelḥamid Ibn Bādis, comme« l’ange gardien du peuple algérien » (malāk ḥāris al-sha‘b al-jazā’iriyy). Début 1954, La République algérienne de Ferhat Abbas rendit hommage à « un des tous premiers combattants pour la reconnaissance de la personnalité algérienne », « le précurseur méconnu du Manifeste du Peuple algérien », lequel avait d’ailleurs repris nombre de thèmes chers à Spielmann.

Au total, la figure d’un Victor Spielmann indique que le colonialisme fut bien, comme l’écrivit Jean-Paul Sartre, un système. S’il eut pour effet d’ériger une barrière de discrimination et de racisme entre humains – algériens colonisés et créoles colonisateurs –, existèrent aussi, des deux côtés, des humains pour vouloir abattre la barrière et appeler de leurs vœux un avenir conjoint de fraternité : le contentieux produit par le colonialisme ne fut pas, au fond, un conflit franco-algérien, même s’il put revêtir cet aspect simplifié. Ceci dit, les logiques à l’œuvre dans l’histoire ont finalement abouti à ce qui est advenu et que nous connaissons. L’historien doit aussi honnêtement évoquer tous ces hors normes, tous ces atypiques, toutes ces forces qui tentèrent de donner une juste solution politique à ce qui allait déboucher sur une des plus douloureuses guerres de libération anticoloniale ; ne serait-ce que pour faire connaître ce que fut, dans l’histoire de l’Algérie colonisée, toute la palette polychrome du divers historique, lequel ne se réduit jamais à ces binômes tranchés, gros de trop de ces simplismes qui, pour repaître d’abondance tant de pouvoirs et de mémoriels affrontés, devraient viscéralement répugner à la déontologie du territoire de l’historien.

Lire la 1ère partie : Histoire & anecdotes du passé des communistes à Bordj.

Voir à sa SOURCE : https://www.cairn.info/revue-raison-presente-2017-3-page-65.htm